Tu attends l’annonce officielle de la publication de mon roman ? Loupé ! Une liste improbable, genre « 10 astuces pour écrire un best seller en 30 minutes » ? Encore loupé. Je deviens écrivain, c’est LE concours du moment. Des concours – et la publication du roman en guise de 1er prix qui va avec ! – j’en vois passer. Mais là, j’ai l’étrange sensation d’être la seule à ne pas participer. Sérieusement. Sur les réseaux, les 3/4 des mes contacts me demandent de voter pour leur nouvelle, ou pour celle de leur ami.e… Ce qui m’évoque quelques questions récurrentes, que j’ai plus ou moins évitées jusqu’à présent. Mais bon… depuis que je suis installée sur mon petit coin de toile, je ne me suis encore fâchée avec personne. Il est peut-être temps d’essayer ?

Je suis écrivain !

On ne va pas se mentir, les éditeurs ne sont pas les Gens les plus accessibles que l’on puisse imaginer.

On ne va pas se mentir, les Gens ont tendance à vite dévaloriser leur prochain (sans vouloir me lancer dans la psychologie de comptoir, je pense que c’est plus souvent par mal-être que par méchanceté pure).

Et pendant ce temps…

Le web a rendu l’auto-édition accessible à tous. Sans parler de la possibilité de faire don de sa prose via un blog.

Les gourous (souvent du web) et la presse « prends-soin-de-toi » nous expliquent que tout est possible when you believe… il suffit de lancer quelques affirmations positives pour créer une réalité dans laquelle tu es {insérer le nom de ton auteur de référence ici}.

Quand tout ça se rencontre, ça donne des personnes qui ont toujours rêvé d’être le nouveau phénomène littéraire, persuadées qu’il suffit de méditer et de s’affirmer pour donner corps à leur rêve. Pour résumer.

JE SUIS ECRIVAIN, décrètent-elles donc un beau jour.

Ouais. Mais non. Pardon d’être péremptoire, mais je suis au regret de te dire que ça ne marche pas comme ça.

Je ne sais plus lequel de nos auteurs a d’ailleurs déclenché un tollé il y a quelques années (il me semble que c’est BeWe… mais dans le doute, on va éviter de l’agresser). Il expliquait – en gros – que n’en déplaise à notre ego, l’auto-édition est loin de n’avoir que des avantages. Hélas, le refus systématique des éditeurs n’est pas le signe évident d’une vaste conspiration !

Non.

Des fois, c’est juste que notre « oeuvre » n’est pas faite pour devenir le prochain best seller. Elle n’est même pas faite pour être publiée. Ni même pour être lue. Parce que le sujet n’intéresse personne. Ou parce que c’est super mal écris. Voire même parfois les deux en même temps.

Oups ! I did it again.

Tu as forcément déjà vécu ce moment terrible, quand un dessert maison arrive sur la table. Tu sais que la personne qui l’a préparé y a passé des heures. Tu vois son regard plein de cœurs et de paillettes. Et surtout, ce regard porte cette terrible interrogation : ALORS ?

Il faut dire quelque chose.

Tu le sais.

Et là, c’est le drame.

Les faits :

Ce que tu fais :

Tu mens tellement mal que tu en as honte. Mais sur un malentendu, ça passe. Et tu connais la suite. Tu auras droit à ce dessert immangeable à chacune de tes visites. Pendant des mois (des années si tu as un mauvais karma !).

Alors, tu te dis que tu seras honnête, la prochaine fois. Sauf que tu ne le seras pas.

J’ai fait ça avec ma tata préférée. Elle avait voulu créer sa propre recette de mousse au chocolat. Et c’était une cuisinière émérite, tu vois. Elle était donc sûre d’elle et elle attendait que nous validions. Ou pas. J’ai été lâche (à ma décharge, je n’ai pas été la seule !). Et on a mangé de la soupe au chocolat avec des grumeaux de beurre dedans tous les dimanche pendant des mois. Tous les dimanches. Pendant des mois.

Tu vois où je veux en venir, n’est-ce pas ?

Parfois, des personnes ont mis leurs tripes dans leur roman. Des personnes qu’on connait et qu’on adore, en plus. Et c’est mauvais. Mais genre, mauvais, bien mauvais. La purge. Même sous la torture, tu n’arriveras pas au bout.

Et ces personnes te demandent d’acheter leur bouquin. De noter publiquement leur bouquin. Ou pire. De leur dire « franchement » ce que tu en penses.

Tu rêves de quitter Facebook. De changer de numéro. De quartier. De planète.

Tu maudis tous les autres qui n’ont pas le courage de dire la vérité (ce qui te replace face à ta propre couardise).

Et tu mens consciencieusement.

Ce concours (Je deviens écrivain, en plus… c’est un appel au drame !) c’est un véritable cauchemar pour moi. Parce que tout à coup, ce sont des dizaines de personnes qui me demandent de manger de la soupe au chocolat avec des grumeaux de beurre dedans.

Là, tu vois, je viens de me taper une nouvelle d’un autre monde. Tu ne peux pas venir à bout d’une phrase sans GPS. Je n’évoquerais même pas l’orthographe, que je qualifierais pudiquement d’alternative. Et l’auteur de cette nouvelle doit gagner pour publier son roman refusé par tous les éditeurs du monde, bien sûr. Le cercle vicieux, en somme. Parce que dans 3 mois, une fois la déception passée, on remettra ça avec son « nouveau roman ». En attendant le prochain.

Que les éditeurs passent à côté d’un talent, c’est du domaine du (très) possible. Se faire repérer dans un concours ou sur le web, c’est aussi du domaine du possible. Même que parfois, ça te donne Le Livre Sans Nom, le bouquin qui déchire totalement sa race… pardon, je m’emballe.

Mais faut quand même rester un poil lucide aussi…. 

NON, BORDEL :

  • Ton sujet n’est pas trop subversif ou trop engagé
  • Ton style n’est pas trop novateur (même les phrases dans le désordre sont très mainstream, tu sais)
  • « On » ne te saborde pas de peur que tu ne fasses de l’ombre à un auteur célèbre (tu ne peux pas le citer, mais ça commence par Stephen et ça finit par King)

Et puisqu’on y est… C’est pas non plus forcément du sexisme (les filles… faut arrêter : le sexisme ordinaire est déjà pire qu’une plaie… et il y a aussi des éditeurs qui sont des éditrices, tu sais…). Et les illuminatis et les reptiliens de dominent pas le monde de l’édition non plus.

Parfois, quand les éditeurs ne veulent pas de toi et que tu es principalement lu.e par ton/ta chéri.e, ta famille, tes amis et ton chat, c’est juste que tu  n’es pas écrivain. Pas un écrivain fait pour être publié, en tout cas. 

Et tu sais quoi ? Ce n’est pas grave.

Tu pourras peut-être apprendre (si tu te décides à te remettre un minimum en question, quand même).

Ou peut-être pas (parce que des fois, tu passes 7 ans à faire des gammes et tu galères toujours à jouer Au Clair de La Lune).

Et tu sais quoi ? Ce n’est pas grave non plus.

Écris juste pour toi. Pour te faire un bon gros kiff.

Mais arrête de solliciter tout ton entourage pour qu’on bouffe de la soupe au chocolat avec des putains de grumeaux de beurre dedans !

On reste connecté (ou tu es écrivain et tu t’es définitivement barré.e 😉 ?)

3 commentaires

    1. Amen ! Et je suis ravie de découvrir le Fictiologue (en passant par DeviantArt en plus… il faut que je récupère mon compte : il y traîne certainement quelques « oeuvres » photographiques très embarrassantes 😀 !).

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