Oyez ! Oyez ! Licornes, Donz’Elles et Dam’Oiseaux, Pilou s’en revient aujourd’hui te conter comment elle s’est plantée. Pour la première fois en 12 ans d’activité (seulement 5 sur la plateforme où l’a tragédie s’est déroulée), j’ai eu des frictions avec un « client » (oui, je mets des guillemets… libre à toi d’interpréter ça comme tu veux…). Le jeune homme m’a même traitée de méchante, agressive et insultante. Le coquin. Devrais-je te cacher ce triste incident ? Que nenni… On n’apprend jamais aussi bien que de ses erreurs. Et par la grâce d’Internet, on peut même apprendre de celles des autres. Et je pense que l’anecdote peut t’éviter des déconvenues, en particulier si tu débutes…

La genèse du psychodrame

Tu le sais, j’assume pleinement mes errancesje m’en vais donc de conter aujourd’hui comment j’ai honteusement, lâchement et lamentablement déçu un « client ».

Ceux qui me suivent depuis quelques années le savent : j’adore les animaux. Sous la pression d’un client, je me suis essayée à « rédactionner » sur le sujet. J’ai accepté, car je travaillais en collaboration avec un comportementaliste. Au terme de quelques mois de rédaction hebdomadaire, je me suis sentie légitime pour rédiger officiellement sur la thématique « animal ».

Las ! Ta Pilou commence à avoir quelques heures de vol. Et il se trouve que mes clients – qui ont la gentillesse de faire tourner le bouche-à-oreille – m’ont fait une très bonne réputation dans les thématiques Home/Design, Tourisme et E-commerce (sur lesquelles j’adore bosser, soit dit en passant). Il est donc encore rare que l’on me sollicite pour te parler « animaux ».

Il y a quelques années, à la demande d’un client étranger qui l’utilisait pour coordonner les différents prestataires réunis autour de son projet, j’ai rejoint une plateforme (alors nommée oDesk, aujourd’hui rebaptisée Upwork). Il se trouve que j’y suis retournée il y a quelques mois, cette fois-ci en quête d’un.e assistant.e basé.e au Japon. J’ai tout de même eu la curiosité de faire un tour pour voir ce qu’on y proposait et j’y ai d’ailleurs déniché 2 projets assez sympas.

Peu de temps avant Noël, j’y ai aussi déniché une annonce du type qui hérisserait le poil à tout rédac’web qui se respecte. Il était question de rédiger sur la thématique « chat » à un prix… euh… je ne sais même pas si « dérisoire » est approprié. Mais je me suis dit que ce serait un petit kiff.

Psychodrame level Drama Queen

Je vais te la faire courte. Le petit jeune homme voulait 4 articles de 1000 mots. À la 4e version proposée (qu’il refusait toujours de valider et de payer), on en était à plus de 3000 mots et il espérait aller plus loin. Nous avions par ailleurs un article qui combinait 2 sujets distincts, mais le « client » tenait à ce qu’il n’y ait bien qu’un seul article. Sauf qu’une fois l’article rédigé, finalement, il en a voulu 2 (mais pas question de scinder, mieux valait recommencer). Le bénévolat ayant ses limites, je lui ai dit qu’on allait s’arrêter là.

En effet, il y avait à mon sens 4 solutions :

  1. il est en freestyle, incapable de déterminer ce dont il a besoin (et d’en discuter pour éventuellement recevoir un avis sur la question) et on pourrait bien jouer à « on change tout et on recommence » jusqu’à Noël prochain
  2. il fait partie de la minorité qui « twiste » le système de la plateforme pour obtenir autant de travail gratuit que possible
  3. il n’a aucune notion de la valeur d’un contenu et du temps passé à le rédiger
  4. les 3, mon capitaine !

Bizarrement, je me suis sentie obligée de lui signaler que le tarif de base étant dérisoire, ses exigences relevaient désormais de l’indécence. Et je lui ai conseillé (franchement sans ironie, pour une fois) qu’il revoie son brief. Pas de bol : c’est surtout ça qui l’a vexé. Ce qui fait de moi une personne agressive, insultante et… méchante. Mmmm… Oui. C’est tout moi…

Freelance et SM ?

Agressive, insultante et méchante… Maîtresse Pilou, à ton service !

 

Pour la petite histoire, comme je suis joueuse, je lui ai proposé de garder les textes, en me payant ou pas, suivant sa conscience. Devine un peu ce qu’il a fait 😀 ?

La morale de l’histoire ?

Quand j’ai créé ma première entreprise, j’ai fait comme la grande majorité des entrepreneurs : j’ai tenté de baisser mes tarifs. Il s’agissait d’un commerce, et si tu ne marges pas un minimum, tu ne vis pas (et tu ne paies ni ton loyer, ni tes charges, ni tes fournisseurs). L’avantage, c’est que sur un produit, c’est relativement facile de se reprendre et de revenir dans les clous : il suffit d’une formule de math (qui m’avait été soufflée par mon interlocuteur à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Digne-les-Bains, que je remercie d’ailleurs chaleureusement de son appui à l’époque !).

C’est beaucoup plus compliqué quand tu exerces une profession libérale. En tout cas, lorsqu’il s’agit d’un métier du web. Community manager, graphiste, rédac’web ou autre : TOUS les débutants galèrent sur leurs tarifs. D’autant qu’il y a 2 ou 3 autres « petites choses » susceptibles de te mettre sous pression… La difficulté à démarcher ses premiers clients, la trouille de ne pas faire de chiffre (surtout quand tu n’as ni alloc’ ni aide financière, ni personne pour te rattraper au vol), la remise en cause de ta légitimité… bref ! Tout un tas de choses assez lourdes avec lesquelles tu dois apprendre à te dépatouiller.

Quand tu patauges dans ce stress et que tu as la boule au ventre, tu es forcément tenté.e de te brader. Et ma petite mésaventure m’a rappelé pourquoi c’est une mauvaise idée. Si tu débutes dans la rédaction web ou dans toute autre activité, laisse-moi te dire pour quelles raisons c’est même la PIRE idée :

  • Tes « clients » n’en sont pas. Ils n’ont aucun respect de ton travail, aucune notion de sa valeur et ils se comportent en petits tyrans exigeants (ou pire si affinités). C’est une constante. Moins ils te paient, moins ils te respectent. Je ne sais pas s’il existe des statistiques sur la question, mais crois-moi, je côtoie des entrepreneurs depuis 2006. Et on a tous fait le même constat.
  • Tu peux passer des heures et des heures à t’épuiser pour des gens qui se croient professionnels et qui auront l’aplomb de te rabaisser. Tu peux même tomber purement et simplement sur des escrocs. Et tu vas être rapidement dégoûté.e de ton job. De quoi jeter l’éponge ou t’offrir un spectaculaire burn-out.
  • Tu te retrouves à bosser pour la gloire et à ne pas pouvoir payer les factures pour autant. Et pendant ce temps, tu ne démarches pas de bons clients.

Je sais que c’est dur. Tu es entre le marteau et l’enclume. Si tu ne prends pas tout ce qui vient, tu ne rentres pas un sou, alors, tu brasses, tu brasses, tu brasses… et tu ne fais pas assez de chiffre. Le cercle infernal. Je voudrais te dire que j’ai une formule magique pour te sortir de là. Je n’en ai pas. Personne ne l’a.

Je suis passée par là. Si j’avais croisé le petit jeune homme qui m’a traitée de méchante à l’époque où j’ai débuté, je n’aurais sans doute pas osé lui dire qu’on allait arrêter les frais. J’aurais peut-être perdu le sommeil à l’idée qu’il y ait un « client » qui me mette une mauvaise note sur une plateforme.

Aujourd’hui, je me contente de me réjouir. Car ce petit jeune homme indique tout de même :

We’ve been working with dozens of freelancers over the past 5 years, and we’ve never seen someone being that rude.

Le gars travaillerait donc avec des douzaines de frees depuis 5 ans… Et ils tolèrent tous cette attitude ? Avec mes oeillères, en mode « je vais avoir l’occasion d’écrire sur une thématique que je surkiffe même si c’est mal payé », j’étais joyeusement partie pour cautionner « à l’insu de mon plein gré ». Parce que je soupçonne ces « douzaines de freelances » de la fermer parce qu’ils ont les mains liées, ce qui lui permet de récolter du texte à moindre prix depuis des années et de s’en vanter.

Et moi, j’y allais tranquille, pour le kiff ?! Pour ça : la honte soit sur moi. Plumes du web qui passez par là, VOUS vous avez le droit de me frapper et de m’insulter.

Toi, en revanche, mon petit jeune homme, je te confirme que ton attitude est indécente et non professionnelle. Et qu’il n’y a pas de quoi se vanter de faire ce même coup à « des douzaines de freelances ».

Toi qui est free, si tu passes par là : excuse-moi d’avoir envisagé d’écrire pour ce genre de gars. Et toi, ne t’abaisse pas à ça !

On reste connecté ?

(Au fait, si tu utilises UPWORK et que tu veux m’y retrouver en dépit du fait que je sois agressive, insultante et méchante – ou justement pour ça – je suis ici 😉 !)

5 commentaires

  1. Merci énormément pour cet article. Je souhaite suivre une formation afin de devenir Community Manager et je pense que ce style de comportement risque de venir à un moment ou un autre vers moi. Je te souhaite beaucoup de courage.
    PS : Tu es loin d’être une personne grossière et méchante. Tu es juste et il faut bien gagner sa croûte, tout le monde en a besoin.
    Bonne soirée, Besos ❤️

    1. J’ai cité les Community parce que j’ai commencé en tant que CM freelance. Mais ça date… Il faudrait voir auprès d’un.e CM (car moi, je me suis exclusivement centrée sur la rédaction et la traduction) mais j’ai l’impression que le métier est mieux considéré, ces dernières années. Et puis, tu peux envisager de bosser en tant que salariée. Quoi qu’il en soit, merci pour ton petit mot et bonne chance pour ta formation. C’est un job passionnant !

  2. Malheureusement beaucoup de personnes croient que tout est gratuit. Pour avoir du texte, je dois payer ? Nan, pas possible ! *et oui des compétences cela se paie.
    Moi sur un tout autre sujet, j’avais fini par demander à mon directeur des sous pour du conseil en agencement de point de vente. Il m’a un peu ri au nez mais j’ai senti un léger malaise. Cela m’a fendu le coeur de refuser de faire ce que j’aimais le plus mais j’avais un peu fini par comprendre que mes années d’expérience avaient un prix parce que mes idées généraient de l’argent pour mon boss et non pour moi.

    1. C’est vrai que c’est un travers dont sont aussi victimes beaucoup de salariés. Quand tu as des compétences supplémentaires, le boss peut être très enthousiaste pour les exploiter, beaucoup moins pour te rémunérer à ta juste valeur. Ce que je trouve hallucinant, c’est que si je peux être un peu cash, en l’occurrence, je n’ai pas été ironique ou grossière. Mais apparemment, signaler à un client (ou à un patron) que son attitude est indécente, ça le heurte ! Je trouve pourtant que cette façon de vouloir tout obtenir sans payer est beaucoup plus violente et insultante. Ce que j’ai trouvé très violent, en fait, c’est surtout ce truc de se planquer derrière « on fait ça depuis 5 ans avec plein de freelances et tout le monde ferme sa mouille, alors tout va bien »… euh… non, en fait !

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