Cataclysme, catastrophe, chrysanthème, catéchisme… à la limite. Mais catachrèse, ça ne te parle vraiment pas ? C’est pourtant une figure de rhétorique que tu emploies quasiment tous les jours.

Catachrèse

Késako ?

Nom féminin qui nous vient du grec katakhrêsis. Vu que j’ai pris latin, je fais confiance à Larousse, et je ne tenterais pas de décortiquer le truc. Comme sus-mentionné, la catachrèse est donc une figure de rhétorique qui consiste, je cite, à employer un mot dans un sens différent de son sens propre, par suite de l’absence dans la langue d’un terme littéral.

Attends, Pilou, ça ressemble pas plus ou moins à une métaphore, cette affaire ?

Si, tout à fait. C’en est une. C’est une métaphore dite « lexicalisée » : c’est à dire qu’elle est passée dans le langage courant, et elle désigne un certain nombre d’éléments qui n’avaient pas de nom jusque-là. Tu emploies donc la catachrèse au quotidien : les pieds de la table ou de la commode, les bras du fauteuil, l’aile d’un bâtiment… Mais la catachrèse peut aussi se rapporter à une action (notamment lorsqu’il est question d’être à cheval sur un mur… ou autre !).

Merci Pilou : ça me fait une belle jambe, ton histoire !

J’avoue, « Catachrèse » n’est pas facile à placer dans la conversation. La « belle jambe » est plus glamour. Halte aux idées reçues peut-être liées à un sexisme ordinaire ! La belle jambe n’a rien à voir avec les gambettes de ces dames. Je te rappelle que jusqu’à l’orée du 19ème siècle, on portait encore les jupes longues.

La belle jambe , avantageuse, voire glamour et même carrément sexy était celle de ces messieurs. D’ailleurs, il n’était pas rare que dans les portraits écrits du 15ème siècle, on précise que le duc de ci ou le comte de mi avait « la jambe belle ». Il faut dire que vu le code vestimentaire de l’époque, c’était le genre de chose qui sautait au yeux. La tendance de la « jambe belle » s’est quelque peu amplifiée au cours des siècles suivants. Et ouais, entre le 16 ème et le 17ème siècle, telle était donc la quête d’absolu du mâle : afficher une jambe belle.

C’était surtout l’obsession du mâle qui avait le temps de se pomponner, de poser à la cours et de se faire portraiturer. Jusqu’à ce qu’on en arrive finalement à celui qui maîtrisait le truc mieux que personne, l’incomparable Roi Soleil :

Admirez le talon haut qui galbe un mollet délicieusement moulé. L’expression « ça me fait une belle jambe » est donc née d’un constat ironico-doux-amer. En gros : « Ce n’est pas ce que tu me racontes qui va me faire la jambe belle ! »  Oui ! Parce qu’en fait, l’expression tournait toujours autour de la jambe belle. Le temps passant et les mentalités évoluant, on a revu l’ordre des mots. Désormais, « ça me/te/nous fait une belle jambe ! » . C’est plus fluide pour exprimer colère et frustration en vociférant (ou pas). En revanche, je ne suis pas certaine que cette histoire soit beaucoup plus facile à placer dans la conversation !

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Crédits photo : Le Costume Historique – Musée du Louvre

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