Je te reviens aujourd’hui parce qu’il n’est jamais trop tard. Et aussi parce que j’ai une petite anecdote à te raconter. Une histoire de mots et de petits bobos.

Au cours de ces deux dernières années, mon activité s’est considérablement développée. Ce qui fait que je brille actuellement par mon absence sur mon petit coin de Toile. À l’exception de mon Bookstagram, sur lequel je m’obstine à partager (en story, principalement) des tranches de vie, accompagnées de nombreux avis que l’on ne me demande pas. Et le reste du temps ? Je vis, je photographie et je lis. Ce qui me pousse régulièrement à m’insurger…

Ces moments de ras-le-bol

Ces dernières années, quand je lis pour le plaisir, j’ai l’impression de bosser. Entre les coquilles et les mots malencontreusement échangés par la grâce du très trop zélé Anditode, je deviens dingue. Il est même fréquent que j’en parle.

ATTENTION. Mettons les choses au clair tout de suite. Je fais dans la correction aussi bien que dans la traduction. Indépendants ou salariés, je n’accable pas mes petit.e.s camarades. Parce que je suis bien placée pour le savoir. C’est une question de manque. D’argent. De temps. De considération. Parfois d’un savant mélange de tout ça.

C’est une situation que je dénonce, pas des compétences que je remets en question. D’autant que je suis loin d’être infaillible. Et à force de voir des mots se dérouler sous mes yeux à longueur de journée, je finis par avoir la vue qui se brouille et l’esprit qui se trouble. L’erreur est humaine. Et elle me terrifie.

La boule au ventre

Je commence à avoir quelques années de relecture & correction dans les pattes. Pourtant, dès que je termine de travailler sur un texte, c’est la même réaction physique, aussi violente qu’au premier jour. L’angoisse. Libre à toi de me croire ou pas : le terme n’est pas trop fort. Il ne l’est peut-être même pas assez. J’en ai des sueurs froides. J’ai beau avoir développé une technique de travail solide, j’ai la trouille. La vraie.

Quand le cauchemar devient réalité…

Je travaille beaucoup de textes différents. Principalement des scripts de jeux vidéo et des romans. Pour certains, ils sont disponibles sur des plateformes disposant d’un espace ouvert aux commentaires. Et c’est souvent la foire. Le grand concours du Qui-Débusquera-La-Petite-Bête. Pour le coup, le jeu est de dégommer. Prouver par A+B puissance C que tu es de la merde. Un phénomène très français. Il faut croire que ça soulage. Ce sont les auteur.e.s qui sont en première ligne. Mais les personnes impliquées sont toutes concernées.

La première fois que j’ai été attaquée « personnellement », c’est par une grande défenderesse de la conjugaison. Petite crise de panique. Ouverture immédiate du fichier que j’ai transmis à l’éditeur. Pour me rendre compte que notre pourfendeuse de fautes n’avait tout simplement jamais entendu parler du passé du subjonctif. Tu sais, ce truc qui nous fait écrire des choses du genre :

  • que j’aie écrit ;
  • que tu aies écrit ;
  • qu’il ait écrit.

Soulagement.

Plus récemment, j’ai été recontactée par un client américain, qui souhaite que je prenne en charge la traduction d’une nouvelle fiction. Un auteur que j’ai déjà traduit. Un auteur. Pourquoi j’insiste ? Parce que mon client m’a informée qu’apparemment, j’aurais laissé trainer une coquille tout au long de la traduction précédente.

Petite crise de panique. Geste d’ouvrir le fichier que je lui ai transmis. Pendant que mon client continue, m’expliquant qu’à plusieurs reprise dans la version française dont je me suis occupée, des lecteurs (et lectrices) ont relevé l’erreur répétée avec une obstination étonnante : une auteure.

Soulagement.

Ou pas. Donc, en France, quand une femme est décrite comme étant une auteure, on pense à la faute de frappe. Génial. Tu me diras, je n’aime pas spécialement le terme non plus. D’ailleurs, depuis, le cas s’est présenté à nouveau, et cette fois, j’ai opté pour le terme d’autrice. On pourrait croire que ça passe mieux. Mais en fait non.

On est à l’aube d’une nouvelle décennie et que ce soit auteure ou autrice, ça défrise. Des mecs et des meufs.

Moi, mon job, ce sont les mots. Directement en français ou traduits de l’anglais. Je rappelle donc que auteure est le féminin d’auteur. Et qu’autrice, quoique plus discutable, en effet, était en usage dès le 16ème siècle. En errant à travers les histoires de mots, on trouve même des termes plus ou moins agréables à l’oeil et à l’oreille : authoresse, auteuresse, auteuse…

Bref. J’ai frôlé l’incident cardiaque pour rien. Et je tenais à te faire part de cette petite histoire de mots assez révélatrice des maux qui persistent à l’orée des années (20)20. Féminiser le nom de certaines professions reste bien compliqué…

Sois forte et tais-toi.

Heureusement, à côté de ça, il y a de grands pourfendeurs du sexisme. Oui, je mets ça au masculin exclusivement. Parce que des meufs qui viennent m’expliquer que je ne suis pas à la hauteur du combat féministe, je tolère plutôt bien. Par contre, un connard qui vient m’expliquer qu’il faut arrêter de parler de « femme forte », ça commence à aller un peu loin pour mon esprit étriqué. Heureusement, ce genre de mec est souvent d’une ouverture d’esprit admirable, lui. Il est tellement conscient que certaines créatures sont limitées intellectuellement, ce qui ne les empêche pas d’avoir le droit d’exister. Condescendance niveau maximum. Mais c’est une autre histoire.

Un homme peut être fort ou faible, une femme peut être forte ou faible. Ceci est une opinion, qui se trouve être la mienne. Tu en penses ce que tu veux. Par contre, auteure est un mot qui existe. Tout seul. Juste comme ça. Il est là. Et il fait peut-être mal à certains. Au cœur ? Aux yeux ? À leur paternalisme ? C’est dur. Mais ils vont bien devoir s’y habituer…

[EDIT] Toutes mes excuses à mes abonné.e.s, qui se tapent régulièrement mes propres coquilles. La raison ? Quand il s’agit de mon blog, je rédige directement dans l’éditeur WP. Mais je suis infoutue de lire sur ce truc. Je commence donc par publier, je corrige, je valide et… je me dis que « Flûte, mes pauvres chéri.e.s qui ont reçu la version brute dans leurs mails ! ». Au moins, tu as la preuve que je ne te mens pas… OUI, je fais des coquilles aussi dans mon premier jet 😀 ! Et tu as du collector… Si, si, c’est la classe !

Crédit photo : je craque tellement pour cette belle création de Freeillustrated

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.